Mondial 2010: Algérie-USA : Footballah !

«La victoire ou le martyr!» Madjid, 50 ans, chauffeur dans une entreprise privée, n’est ni un kamikaze algérois ni un djihadiste maghrébin. Il n’a jamais fait la prière, chante du chaabi et préfère le vin algérien au soda national. Sa boutade n’est pas glanée dans une vidéo d’Al-Qaida label Maghreb central, mais plutôt en conclusion d’une discussion autour de la rencontre Algérie-USA.

J’en frémis d’horreur! «Wesh bik Madjid? (What happens Madjid ?)», que je lui lance en VO algérois en le croisant. «On n’a pas le choix, faut qu’on gagne. Pas le choix. Il nous faut un 2-0 face aux Américains, sinon bye-bye le deuxième tour et le Mondial!», répond-t-il avec un sérieux que je ne lui connais pas au travail!

Plus philosophe, Amine, dans un café au centre-ville, la trentaine longiligne, journaliste web, ironise: «Rien qu’à l’entendre, la phrase «on va battre l’Amérique» me fait pisser de rire! Parce que, sortie de son contexte, c’est de la connerie sauce h’rissa! Puis, je me mets à délirer: «si on gagne ce match, Obama imposera-t-il des sanctions à l’Algérie? Nous accusera-t-on d’enrichir de l’uranium à des fins militaires? Anadarko va-t-elle se retirer ou, pire, provoquera-t-elle une catastrophe écologique dans le Sahara?»

Je commence à lui expliquer que les images de scorpions et de serpents à sonnettes baignant dans du pétrole sont nettement moins glamour que celle du fameux pélican victime de BP, le nouveau Christ crucifié par la cupidité des hommes, que tous les médias du monde repassent à longueur de prime-time, mais je suis coupé par un vieux qui lâche son hebdomadaire du Turf, se retourne et nous murmure gravement : «hadi affaire poulitik had elmatch (c’est une question politique ce match-là)». Le vieux revient à ses pronostics en nous ignorant superbement. Je me dis «y a quelque chose qui tourne pas rond avec ce football» et me résigne à compiler les déclarations d’avant-match côté Yankee et côté Fennec.

«Si le match de mercredi est physique, les joueurs américains disent qu’ils répondront en conséquence», nous menace le gardien US Tim Howard: «si les tacles volent et que nous devons nous défendre, croyez bien que nous le ferons». Côté algérien, on se veut plus soft: «Il faut attaquer en surnombre», conseille l’entraîneur Rabah Saâdane, appuyé par l’attaquant Karim Matmour qui précise que «face aux Américains, on jouera l’offensive et je suis persuadé qu’on va leur marquer». Ok, la tactique de jeu est on ne peut plus claire: nous, on attaque et eux «répondront en conséquence». Je ne sais pas moi, mais cette menace assez vague dans la bouche d’un Américain me fait peur. Et je repense aux délires de mon copain journaliste web : et si jamais Washington bombarde le camp base (base c’est Qaida en arabe je vous rappelle) des Verts avec des bombes «intelligentes» en réponse au moindre tir de Matmour ou de son éventuel co-équipier en attaque, Djebbour ?

Par adlenmeddi/Edition : La balle au bond/ Mediapart

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