Cinéma: “LES PALMIERS BLESSÉS”, D’ABDELLATIF BEN AMMAR

L’Algérie dignement représentée par ses quatre comédiens


Rym Takoucht, Hassan Kachach, Aïda Kechoud, Larbi Zekkal et le compositeur Farid Aouameur ont été largement impliqués dans ce projet. Le résultat est reluisant et largement satisfaisant.

“J’espère que ce film sera le début de quelque chose. Les Palmiers blessés  n’est plus une coproduction algéro-tunisienne, c’est tout simplement un film, une œuvre artistique”, a déclaré Abdellatif Ben Ammar, vendredi après-midi, lors d’une rencontre conviviale au siège de la société de production Dumar Films-CTV Services, à Tunis, avec les acteurs algériens et tunisiens. De son côté, Nadia Cherabi-Labidi, la productrice algérienne (Procom International), a versé dans le même optimisme, en estimant : “Il ne faut pas que cette coproduction soit quelque chose d’exceptionnelle. Il faut bâtir des ponts entre les pays du Maghreb.”
Le long-métrage “les Palmiers blessés” projeté en avant-première, jeudi dernier, lors de la soirée d’ouverture de la 46e édition du Festival de Carthage, plante le décor dans l’historique ville de Bizerte qui pleure encore ses morts — pour la plupart des anonymes — après avoir subit, en 1961, une grande violence. Le réalisateur/scénariste a choisi la date de 1991 pour raconter le récit de la courageuse Chama, avec l’histoire en toile de fond. “J’ai choisi l’année 1991 parce que c’est la date anniversaire des violences de Bizerte. Elle coïncide également avec le début de violence en Algérie et avec la guerre du Golfe”, a révélé Abdellatif Ben Ammar à propos de ce projet qui lui tenait à cœur et dont l’écriture du scénario lui a pris dix années.

Le tournage qui a été entamé en février 2009 a eu lieu entre Tunis et Bizerte. Pour le choix de cette ville, le cinéaste explique : “30% de la population bizertine est algérienne. C’est une ville qui a un passé et qui a eu des morts et on ne s’arrache pas à des choses comme ça. Bizerte a abrité beaucoup la Révolution algérienne et Bizerte a été le théâtre d’une violence inouïe à l’égal des violences qu’il y a eu en Algérie. Je me suis dit qui peut mieux comprendre Chama qui a perdu son père à Bizerte que les Algériens eux-mêmes qui ont subi la violence.” Outre la dimension historique du film, la dimension artistique est largement présente.
Une des scènes du film (qui se veut un hommage aux artistes), celle des musiciens, durant laquelle on peut entre autres reconnaître Nouri Bouzid au violon, étaye ce postulat. De plus, les personnages sont des valeurs dans ce film. Ils sont archétypaux et représentent une tendance dans la société. “Noureddine est un artiste désabusé, il porte en lui tous les problèmes des artistes et ceux de la société”, estime le comédien Hassan Kachach, qui a été dans son rôle de musicien extrêmement juste, se distinguant ainsi par sa retenue et sa sobriété.

Une équipe algérienne très impliquée !
Et même si son histoire n’a pas été racontée dans les détails, on a senti la détresse, le désarroi, le courage et la force de caractère. Rym Takoucht n’a manqué ni de charisme ni de présence. Drôle et touchante, on la sentait impliquée dans son personnage. Hassan Kachach et Rym Takoucht ont été à la hauteur (sinon plus !) de la confiance du réalisateur. Lui, qui nous confiait dans un entretien, réalisé il y a un an à Bizerte : “J’ai choisi la merveilleuse Rym Takoucht et je sais qu’elle donnera quelque chose de très beau. Hassan Kachach pareil.” Hassan et Rym incarnent dans les Palmiers blessés  Noureddine et Nabila, un couple d’Algériens installé à Bizerte après avoir fui le pays.
Leur duo a fonctionné et leur couple était crédible. “Quand on voit l’Algérien sur les télés étrangères, essentiellement françaises, l’homme est toujours violent et la femme est une tête féminine de résignation”, a affirmé le cinéaste, qui a voulu casser cette image dans son long-métrage. Même si sa participation était secondaire, Aïda Kechoud a été extraordinaire dans son rôle de Sayyida. Elle a été tout à la fois : sobre, mélancolique, chaleureuse et avec un grand cœur. Larbi Zekkal n’a eu qu’une seule séquence et cela a été suffisant pour émouvoir le spectateur.

Avec un assistant caméra dans l’équipe technique, la participation algérienne s’est également traduite par la musique, puisqu’Abdellatif Ben Ammar a choisi Farid Aouameur pour signer les musiques du film. “Le premier qui a été engagé sur ce film-là, un an et demi avant que le film ne commence, c’est Farid Aouameur. Et nous avons commencé à parler musique et du film avant même d’avoir engagé les comédiens et les techniciens”, confie Abdellatif Ben Ammar.
Et d’ajouter : “Farid Aouameur était un peu celui qui venait parfaire mon langage. Lorsque Farid Aouameur faisait des maquettes et lorsque je captais des gens, je mettais la musique de Farid et je demandais ce qu’ils en pensaient. Farid a travaillé très dur, on a passé des nuits entières à discuter musique. Mais c’était beau parce qu’on était en création et lorsqu’on est en création, le temps ne compte pas.” Par ailleurs, le public algérien découvrira les Palmiers blessés et la maîtrise des comédiens algériens, largement impliqués, dès septembre prochain.

En attendant, le reproche qu’on pourrait faire au film, ce sont les quelques soucis dans la troisième écriture, dans le montage, puisque beaucoup de détails manquent, et troublent la compréhension.

Par : Sara Kharfi/LIBERTE

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