Socio-anthropologie culturelle: De la halqa au plasma

Le sociologue Hadj Miliani décortique nos vécus culturels avec un regard étonnant sur nous-mêmes.

Avec la pertinence qu’on lui connait, l’universitaire mais également l’agitateur culturel qu’il est, Miliani Hadj, fondateur et ancien commissaire du Festival national de raï, vient d’accoucher d’un de ces ouvrages qui rendent intelligents leurs lecteurs. Ceux qui connaissent ses percutantes contributions en colloques et son impitoyable art de contradicteur en débats de tous genres vont retrouver réunis, grâce à Des louangeurs au home-cinéma*, un certain nombre de ses enrichissantes contributions à diverses publications scientifiques.

La démarche de l’auteur interroge des conduites et pratiques culturelles du présent en Algérie, en écho à celles du passé, d’où le raccourci du titre, mettant en exergue le passage du berrah au home cinéma, sans que pourtant l’irruption de cette technologie ne terrasse la figure et l’art du premier. En effet, pour Hadj Miliani, ces pratiques, qui n’ont en commun que bien peu de choses en apparence, charrient «une bonne part des conduites et des imaginaires que l’on retrouve dans les manifestations traditionnelles qui subsistent encore ou celles qui sont en voie d’extinction ou qui ont disparu». L’ouvrage traite son sujet en deux parties, la première consacrée aux paroles et rituels, et la seconde aux questions de représentation et de violence symbolique.

Dans la première, en quatre chapitres, la réflexion est focalisée sur les tebrihate (adresses et dédicaces lors des fêtes populaires), le berrah (ce louangeur à gages), les simulacres sociaux (avec le cas du mariage dit falso dans l’Ouest algérien qui rappellent plus anciennement par certains aspects les taoussa en Kabylie ou el ferda à l’ouest dont la troupe musicale de Kenadsa porte le nom). Dans la deuxième partie, en trois chapitres, il est question des usages linguistiques à travers les échanges langagiers entre jeunes, des chansons (le cas des rappeurs, l’héritage du chaâbi) ou de ce cinéma du pauvre que Miliani nomme plaisamment «Bledwood», ces vidéos comiques populaires à base de fictions urbaines filmées, gravées sur DVD, disponibles dans le commerce et faisant concurrence, particulièrement durant le Ramadhan, au timoré programme de l’ENTV.

C’est dire, pour un esprit chagriné par la régression inféconde imposée au pays, à tous les niveaux, par les forces du conservatisme le plus rétrograde, combien il est agréable d’être interpelé sur ce qu’il peut y avoir de festif et de jouissif dans le rapport entre la tradition et de la modernité, à travers la pratique de la dédicace, l’organisation d’un simulacre de mariage, l’usage de la vanne ou de l’insulte, une chanson de rap ou un hymne de supporter de football et une vidéo comique.Miliani Hadj nous apporte là un regard pertinent qui vient enrichir la sociologie culturelle algérienne qui manque cruellement de travaux quand pourtant le vécu nous interpelle quotidiennement sur ce domaine.

*Des louangeurs au home-cinéma en Algérie, Etudes de socio-anthropologie culturelle, de Hadj Miliani. Ed. L’Harmattan, Paris, 2010.

Mohamed Kali/ El Watan

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