Note de lecture: Les cinémas du Maghreb et leurs publics

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Ce numéro d’Africultures, consacré en grande partie aux cinémas du Maghreb sous l’angle de leur réception, met l’accent sur certaines dissemblances et rappelle quelques traits communs. Les textes sont, pour l’essentiel, issus du programme Maghreb et cinémas : circulation des films, production des savoirs et constitution d’un patrimoine (AUF, JCC, Panorama des cinémas du Maghreb) concrétisé par des journées d’étude et un colloque.

2 Trois axes principaux font l’objet d’une série d’études dont celui, assez rarement traité jusqu’ici, des cinémas du Maghreb dans leur version féminine. Autour de cette thématique, les études alternent analyses de contenus (Sonia Chamkhi), témoignages de réalisatrices (Farida Benlyazid, Rahma Benhamou El Madani) et études de réception. Celle de Florence Martin sur l’accueil du film Satin rouge aux États-Unis à travers la presse nationale et la critique universitaire américaines cerne trois types de réactions : la déception d’attente, la vision héroïque féminine et la perception au travers les modèles de la culture télévisuelle et cinématographique américaines. En contrepoint, Annick Gendre traite, pour sa part, de la critique de presse en France de trois films de réalisatrices maghrébines. Elle note la dominante de la visibilité historique dans la réception de ces films. Soulignons, enfin, la contribution de Brigitte Rollet, qui propose une perspective genrée sur la situation des réalisatrices du Maghreb du point de vue de leur formation, la promotion et la diffusion de leurs films.

Le deuxième axe, qui porte plus particulièrement sur la notion même de cinémas du Maghreb, est problématisé par deux textes. Celui de Will Higbee s’interroge sur la réception des films maghrébins en France pendant les années 2000. Il constate le caractère transnational de la dénomination et met en exergue le rôle primordial que joue la diaspora pour l’imposer. À travers une enquête auprès du public du Panorama des cinémas du Maghreb à Saint-Denis en 2009, Patricia Caillé approfondit cette recherche sur la pertinence d’une telle notion. Elle montre, au terme de son investigation, que c’est une dénomination mineure en concurrence avec d’autres dénominations régionales, mais qu’elle se manifeste chez le public comme découverte et ressenti en termes affectifs ou politiques.

Le troisième axe, qui s’attache à situer le rôle de la critique, est traité sous l’angle des enjeux (Olivier Barlet), des lieux de la critique, en particulier, pour le cas marocain, le retour des ciné-clubs et le rôle de l’université (Mohamed Bakrim) et des nouvelles postures critiques (Michel Amarger). L’article de Noura Borsali fait une recension des supports et des institutions historiquement dédiés à la critique cinématographique en Tunisie.

Le cahier critique qui vient conclure ce numéro donne un éclairage, au cœur de l’actualité, du rapport du cinéma à ce qui se décline sous la dénomination du printemps arabe à travers le cas du cinéma tunisien et égyptien. Des entretiens avec certains cinéastes de ces pays ancrent le propos dans leur activité sociale et professionnelle.

Gageons, pour conclure, que cette somme critique qui fait date pourra relancer les études d’interculturalité des cinématographies maghrébines et favoriser des études de réception dans chacun des trois pays du Maghreb.

Hadj Miliani

Référence de l’oeuvre:

Caillé, Patricia et Florence Martin (dir.), avec la collaboration de Kamel Ben Ouanès et Hamid Aïdouni, (2012), Les cinémas du Maghreb et leurs publicsAfricultures, numéros 89-90, L’Harmattan, Paris, 340 pages.

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