Goethe Institut algérien: La littérature maghrébine à l’honneur

novembre 8, 2009 par adelife

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Lecture débat à la bibliothèque du Goethe Institut algérien

L’éditrice allemande Donata Kinzelbach a animé, dans l’après-midi de mercredi dernier, une lecture débat à la bibliothèque du Goethe Institut algérien (El-Biar) autour du livre de l’auteur marocain Mina Oulhadj, Mimi und Aïcha (Ti t’appelles Aïcha pas Joséphine).

Le choix de ce livre n’est pas fortuit. Il raconte l’histoire d’une petite Marocaine, Aïcha, fille d’émigrés, qui vit en Belgique et qui raconte son quotidien qui diffère totalement de celui auquel elle était habituée. À travers ce livre, l’auteur, qui réside aussi en Belgique, aborde le problème d’intégration des émigrés, plus précisément issus des pays du Maghreb.
Ces problèmes d’intégration, abordés ou plutôt vus par le regard et la voix de la petite Aïcha, ont trait aux chocs des cultures, des religions… Aïcha découvre ce monde nouveau grâce aussi à sa nouvelle amie, une Belge. Et au-delà de ces différences, une amitié naît, rapprochant deux mondes, deux cultures. Spécialisée dans l’édition de la littérature maghrébine, Donata Kinzelbach veut à travers son travail, à savoir l’édition et celui de son mari Addi Wild, la traduction, faire connaître des auteurs issus des pays du Maghreb.
Parmi ceux qu’elle a édité figurent de grands noms de la littérature algérienne, à savoir Kateb Yacine, Mouloud Mammeri, Rachid Boudjedra, Mohammed Dib, Rachid Mimouni. Par ce travail, c’est la société, la culture et l’histoire des pays du Maghreb qui sont mises en relief.
Présents au Salon du livre d’Alger, l’éditrice et son mari le traducteur ont animé, jeudi dernier, une conférence sur le rôle de la littérature algérienne en Allemagne. Une littérature qui commence à se frayer une place dans le paysage de l’édition en Allemagne, et ce grâce à la traduction.

Amine Idjer/ LIBERRTE

Soirée commémoration à Tokio pour Cheb Hasni

octobre 7, 2009 par adelife

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On a fait une soiree commemorant la disparition de Cheb Hasni il y a 15 ans, à Tokyo.
Comme ça, sa memoire vit meme au Japon.

Cordialement,
Yuichi Kasuya

Concert d’ALDEBERT au CCF d’Oran

octobre 6, 2009 par adelife

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Algérie News-Hadj MILIANI: L’intellectuel: du militant à l’expert, de “l’engagé” au technicien

septembre 22, 2009 par adelife

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Hebdomadaire du jeudi 27 aout au mercredi 01 séptembre 2009/ N°1

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Pour Meliani hadj, figure-type de l’universitaire non totalement “fonctionarisé”, ensegniant à l’institut des langues étrangères (littérature française) à Mostaganem, historien du raï, spécialiste du culturel, c’est une approche par la “globalisation” qui expliquerait la “mort” de la figure de l’intellectuel algérien: on est passé du militant à l’expert, de l’homme engagé au technicien.

Par : K. Derraz

Algérie News : Avec en toile de fond un dossier sur Ali Kenz, est-ce qu’il est juste et légitime de faire le procès de l’intellectuel algérien, maintenant, surtout après la décennie 1990 ?

Meliani Hadj : Non, on ne peut pas faire de procès, mais seulement un constat. D’ailleurs, c’est ce que Ali El Kenz a essayé de démontrer dans son dernier livre. Une démonstration indirecte à travers son propre parcours pour
essayer de voir et tracer l’itinéraire de sa propre génération d’abord, le CV de formations de ses contemporains et ses étapes.
Avec la «marque» de la colonisation, l’Indépendance, ce bouillonnement intellectuel à l’université d’Alger à cette
époque, la fascination marxiste, ensuite le rapport à l’Etat-nation avec Boumediene… Il y eut aussi cette halte
avec l’arabisation, en tout cas pour le groupe d’Ali El Kenz quand il a essayé avec Chikhi et les autres de s’arabiser, le
voyage en Egypte dans ce cadre-là et toutes ses expériences dont il a essayé de rapporter les faits. Il y a aussi ce chapitre d’une vie, dénommé «rencontre avec le monde arabe», un univers que l’on ne connaissait pas justement. Il y a aussi l’avènement de la classe ouvrière et la grande enquête qu’ils avaient réalisée,  lui et son groupe avec Chikhi et
Guerrid, sur la SNS, la recherche à nouveau centrée sur la société algérienne et enfin, l’étape de l’avènement de l’islamisme politique et l’exil. L’expérience dure de cet exil et l’effort fait pour se repositionner avec des réflexions et des analyses, sur les géographies du Sud, en Afrique et dans le monde arabe. C’est Ali El Kenz qui va s’intéresser à la question des élites, ses modes de constitution, son historique, son poids dans la société de support… Son ouvrage est une réponse intéressante à votre question. Il fait le bilan de sa génération, de ses ratages, etdes analyses que cela a imposées.

Algérie News : L’itinéraire d’Ali El Kenz est presque typique. Cela n’empêche pas de penser que tout ce périple a abouti à une sorte de statut de démissionnaire permanent chez l’intellectuel algérien. Une démission que l’on retrouve par ailleurs dans l’opposition politique, les partis…etc. Comparé à la dynamique des années 1990, depuis des années… il n’y a rien ! On est poussé à diagnostiquer la mort de la société algérienne dans la mort de ses élites, de ses démissions.

Meliani Hadj : Non, je crois que la fonction a changé tout simplement. Il y avait, à une certaine époque, une fonction de l’intellectuel liée à l’Etat-nation, un statut qui lui permettait une présence dans cet « Etatnation», qui pouvait être commanditée ou autonome. Aujourd’hui, on n’a plus cet espace favorable à l’expression de cette intelligentsia c’est tout. Ce n’est pas qu’elle n’existe plus, mais elle n’a plus les moyens de tenir le «discours». Que cela soit du côté de ce qu’on appelle, en termes galvaudés, la «société civile» ou du côté des institutions de l’Etat-nation.
Des deux côtés, presque on ne voit plus la nécessité d’avoir une élite et des intellectuels.
C’est pour cette raison que lorsque l’intellectuel intervient, il n’a plus aucune incidence aujourd’hui. On n’a
plus besoin de lui, ni « enhaut », ni « en bas ». Je crois qu’il faut poser la question autrement et se dire que c’est le fonctionnement de la société et de l’Etat qui enlève, de fait, toute possibilité d’expression à l’intellectuel.
Ce n’est pas qu’il n’existe plus, mais c’est sa parole qui n’a plus aucune place dans cette société.
Aujourd’hui, le registre de légitimité est celui du chef d’entreprise, de la figure du débrouillard de tout type. Ce sont des
modèles de réussite qui peuvent avoir un discours. Aujourd’hui, l’audimat est beaucoup plus en faveur d’un entraîneur
de football ou d’un joueur qui ont la possibilité d’avoir une parole publique.

L’autre vraie question est de savoir pourquoi nous n’avons plus d’intellectuels organiques ? Tu me poses la question
des intellectuels autonomes au sens sartrien alors qu’on doit surtout poser la question de l’intellectuel organique. Il
n’y pas plus de figures intellectuelles pour défendre cet Etat, capables de monter au créneau pour défendre la politique de X ou Y. Une défense qui ne soit pas «langue de bois» ou «discours» mais une construction pour faire la plaidoirie
des choix politiques du moment. Cela n’existe plus ! On n’a plus que des «serviteurs», pas d’intellectuels ! Même
les intellectuels organiques au sens que lui donne Gramsci n’existent plus !
Personne ne les appelle. Et même lorsque les intellectuels s’expriment, comme on peut en lire dans les colonnes des
journaux et les pages «débats», paradoxalement il n’y a jamais «débat»…

Algérie News : Mais à quoi est due cette rupture ? Ce passage de l’intellectuel organique militant au statut d’intellectuel «observateur» externe ?

Meliani Hadj : Comme je l’ai dit plus haut, il s’agit peut-être de deux facteurs. Le premier est que l’Etat s’est débarrassé de ses intellectuels, et se contente de serviteurs. Il n’éprouve plus le besoin d’avoir des
intellos de la trempe de Cheriet, de Lacheraf, des gens qui avaient, dans la galaxie du FLN, un positionnement
d’intellectuels. Quel est le parti qui en possède aujourd’hui ? Est-ce que Hamas
le FLN ou le RND ont-ils des intellectuels organiques ? Malheureusement non. Ce sont des partis où on peut
retrouver des docteurs, des universitaires, mais ce ne sont pas des gens capables de produire une réflexion propre.
Ce sont d’abord des partisans et justement ce ne sont pas les propos d’un porte-parole de parti qu’on attend.
C’est cet aspect de la vie intellectuelle de l’Algérie qui m’interpelle le plus. On part du principe dramatique que
l’Etat ou le parti n’a pas besoin de l’intellectuel organique mais de «serviteurs». Or le problème est qu’un Etat
ne peut pas se suffire de serviteurs. Il a aussi besoin de gens aptes à «porter» sa parole, à lui apporter une réflexion,
à la théoriser.

Algérie News : Est-ce que ce tableau est valable aussi pour le courant islamiste ?

Meliani Hadj : Le problème est que même le discours islamiste est un discours importé. Même les intellectuels qui façonnent la pensée religieuse en Algérie aujourd’hui dépendent de cette «importation». J’ai été frappé il y a quelques jours, dans une plage, d’entendre de la musique religieuse …libanaise. On a quand même
nos propres madayeh !! Pourquoi n’eston pas capable de les diffuser ? Parce que comme pour le discours intellectuel.  On importe des spécialistes et on encourage un mouvement de références extérieures. Même les islamistes ne
sont pas capables de produire leurs propres intellectuels organiques ! Même pour penser le radicalisme ou le fondamentalisme. On est en fait dans la position permanente de l’exécutant. Même pour le GSPC, on est dans la position de simples émirs, qui donnent suite à des fatwas produites ailleurs, incapables qu’ils sont de produire leur propre
réflexion. Ce que je dis n’est pas valable uniquement pour la sphère politique, mais aussi pour la sphère éditoriale. Les ouvrages qui circulent aujourd’hui, sont des ouvrages d’intellectuels islamistes moyenorientaux
dans la majorité des cas. Si la parole de l’intellectuel algérien n’est pas audible, c’est parce qu’elle n’arrive pas à
penser d’une manière autonome. Je ne dirais pas à «s’algérianiser» car cela ne veut rien dire et lorsqu’on réfléchit, on le
fait sur le mode de l’universel. Ce qui manque c’est simplement cetancrage. Et cela n’a rien à voir avec les catégories islamistes, démocrates, organiques… etc.

L’autre paradoxe, c’est qu’on n’est pas arrivé à se constituer en communautés. Le drame des intellectuels et donc des
universitaires qui sont à la base de cette population, c’est qu’on n’a pas de communautés universitaires. Cela veut dire

qu’on n’a pas de références universitaires où on se cite les uns les autres. Mis à part une dizaine de noms, entre El Kenz, Addi ou d’autres, cet espace de références est vide. Et tant qu’on n’a pas cette communauté de références, même avec des gens avec qui on n’est pas d’accord, on n’a rien. Le noyau d’intellectuels qui existait il y a une vingtaine d’années a complètement disparu aujourd’hui. La première étape je le crois est de se constituer en tant que communauté universitaire. Je veux dire une vraie communauté autonome, qui ne dépend d’aucune sphère externe. Or aujourd’hui, dès qu’un universitaire a un certain «grade», il rêve de devenir le chef de quelque chose, d’être député et d’entrer dans le clientélisme. Il ne peut donc plus se présenter et fonctionner comme un intellectuel.
Chacun se dit qu’il ne sert à rien d’écrire des ouvrages et de marquer une présence sociale en se répétant «si je suis chef de quelque chose, je suis au moins reconnu dans ma famille, dans mon quartier, dans ma tribu». Ce genre de communauté existe dans des pays voisins comme le Maroc où des universitaires se citent, se reconnaissent, et débattent. C’est le cas aussi dans le reste du monde arabe, toute proportion gardée. Pourquoi en sommes- nous là ? Je n’ai pas de réponse. Je me dis cependant que si le délitement touche toute la société, pourquoi les élites seraient-elles épargnées ?

Algérie News : On a aussi cette impression de décalage entre une communauté d’intellectuels algériens en exil qui continue de produire un discours sur l’Algérie, mais un discours décalé par rapport aux réalités présentes. Des analyses enfermées dans les grilles des années 1990 et de la crise de cette décennie. Une production« d’exil » en quelque sorte.

Meliani Hadj : Oui, on est d’accord. A l’évidence cela vient du fait que l’on est coupé aussi. Eloigné. Un intellectuel a besoin d’être dans le réel social, le sien. En termes de savoirs, la demande sociale où il baigne l’amène à produire des discours qui sont éloignés par rapport à sa société d’origine.
Il y a donc un décalage de fait pour certains. Pour certains, je dis, car d’autres ont réussi à maintenir une réflexion
critique qui n’est pas restée bloquée sur des périodes fixes. D’autres sont restées malheureusement dans les problématiques des années 1980-1990. Ils sont aussi contraints par les demandes des milieux scientifiques étrangers qui les emploient.
Ces intellectuels ont quand même joué leurs rôles à l’époque où l’Algérie a connu une grave crise, mais il ne faut pas leur demander de changer les choses tant que les réalités algériennes sont ce qu’elles sont justement. Pour résumer un peu la situation, il faut surtout rappeler qu’en Algérie, on a produit des diplômés pas des intellectuels. Et tant que l’intellectuel n’a pas un espace relativement autonome, on n’a pas cette communauté qui instaure les valeurs et
les hiérarchies de valeurs.
Algérie News : Qu’elle soit en exil, ici, en crise ou sous contrainte, cette élite donne l’impression qu’elle n’a jamais pu produire un discours alternatif à l’islamisme politique.

Meliani Hadj : Ecoutez, pendant longtemps, et je fais partie de ce procès, les intellectuels ont ignoré le facteur religieux dans leur trajectoire de formation.
Cela leur est tombé sur la tête en quelque sorte. C’est-à-dire comme donnée fondamentale intrinsèque de la société
algérienne. Quelque part, lorsqu’on s’est mis à réfléchir sur cette question, c’était déjà trop tard ! La grande leçon des intellectuels dits démocrates, c’est de n’avoir pas pris conscience de la question de l’Islam. En dehors de son aspect politique ou «événementiel», le facteur religieux n’a pas été pris en compte, dans la formation.

Certains ont été largués dès les premières années, d’autres ont essayé de s’y mettre mais avec beaucoup de retard. Mais heureusement depuis cette époque, beaucoup ont réussi a produire un capital d’analyses sur la question de l’Islam,
sachant aussi que cela prend du temps pour que ce discours critique et d’analyse puisse maîtriser ce champs et son histoire.
Moi, je trouve que c’était cela la leçon des années 1990. L’islamisme n’était pas l’acte d’une poignée d’agités, mais une demande profonde de la société.
On a déjà un capital de noms comme Hocine Bekhaïra, Abderrahman Moussaoui, des anthropologues de l’Islam, de l’islamisme… Je cite ceux que je connais, mais ils sont nombreux par ailleurs à s’intéresser à cette dimension
religieuse en profondeur pour ensuite en démanteler les mécanismes de manipulations idéologiques par exemple.

Algérie News : Qu’est-ce qui explique cette vision qu’ont les Algériens de leurs élites qu’ils jugent illégitimes et manquant de crédibilité?

Meliani Hadj Grosso modo, les Algériens n’ont pas tort. Beaucoup d’intellectuels n’ont fait que prendre le train en marche, théoriser le politique. Je pense surtout à la révolution agraire, le socialisme surtout.
Beaucoup d’intellectuels, sans être organiques, et même avec un discours critique, ont été à la traîne de la décision
politique.
Cependant, il faut rappeler que le problème de la légitimité est un problème d’abord de la communauté : si les universitaires et les intellectuels ne sont pas reconnus par eux-mêmes, comment voulez-vous que leur société les reconnaissent ? Comment voulez-vous qu’on ait de la légitimité si celle-ci est recherchée par l’intellectuel du côté d’un wali ou d’un ministre et pas chez la communauté des pairs ?

K. D.

Presse: Entretien de Hadj MILIANI avec El Khabar

septembre 19, 2009 par adelife

el khabar

الباحث الأكاديمي الحاج ملياني لـ”الخبر”
انفتاح الراي على أنماط موسيقية عالمية أثبت محدوديته


hadj



تشهد موسيقى الراي، خلال الفترة الأخيرة، حالة فتور نسبية، موسومة برغبة في العودة  إلى الأسلوب الكلاسيكي، القريب من الطابع الوهراني، مع ملاحظة تقلّص الإقبال الجماهيري، وتراجع أرقام مبيعات شركة الإنتاج المختصة. يحاول الباحث الأكاديمي الحاج ملياني، صاحب كتاب  ”مغامرة الراي” (بمعية بوزيان داودي) شرح بعض أسباب وتبعات الوضعية الحالية،  وإعطاء نظرة أوضح عن واقع الراي في بلادنا…
نلاحظ، خلال الفترة الحالية، بروز نزعة تميل إلى العودة إلى ”الراي الكلاسيكي”، وذلك ما نلتمسه من خلال الاستماع إلى آخر ألبومات الشاب خالد، مثلا، أو ألبوم الشاب فضيل (الذي سيصدر الشهر المقبل)؟
- صحيح. هناك رغبة في العودة إلى الراي الأصيل، راي سنوات الثمانينيات، وذلك راجع إلى أسباب كثيرة؛ يتمثل أهمها في حقيقة أن انفتاح الراي، خلال السنوات الماضية، على الأنماط الموسيقية العالمية، قد أثبت محدوديته، حيث أخذ الجمهور الغربي في الابتعاد عن الراي بعدما لاحظ تخلّيه عن طابعه الأصيل. أضف إلى ذلك أن الأزمة المالية التي مسّت كبريات شركات الإنتاج السمعي البصري العالمية والتي قادت إلى تقليص حجم الإنتاج والتركيز على أعمال المشاهير. بالتالي، صرنا نلاحظ أن سوق الراي صار محدودا على الجمهور الذي شهد بدايته والمتمثل في الجمهور المغاربي وفئة المهاجرين المغاربة في أوروبا.
كما يجب أن ننتبه إلى أن أهم الجولات التي تقوم بها أهم أسماء الراي، مثل خالد وبلال، محدود على دول المغرب المتعطشة إلى الأعمال الفنية التي صنعت بدايات الراي. وهذا ما يفسر العودة، بعض الشيء، إلى الطابع الوهراني. مغني مثل الشاب فضيل، رغم أنه نتاج الصناعة الموسيقية الفرنسية، إلا أنه يجد نفسه أيضا إلى العودة إلى أصول الراي.
نلاحظ أيضا اتساع حدّة الصراعات بين مختلف أسماء الجيل الأول، وأسماء الجيل الجديد من مغني الراي والمتمثلة في قلة التعاون الثنائي فيما بينهم؟
- من خلال ملاحظة مختلف الطبوع الغنائية في الجزائر، ندرك أن أعداد المؤدين كثيرة والأماكن محدودة. كما لا يجب أن ننسى بأن توسع دائرة القرصنة قد قلّص من أرقام الإنتاج الموسيقي. إصدار ألبوم صار يقصد من خلاله التمتع ببطاقة هوية أكثر من الاشتغال عليه كعمل من شانه تقديم مردود فني هام. اليوم، من الممكن أن نحصي حوالي 1000 مغن ومغنية راي، وبالتالي فإن المنافسة بينهم جدّ حادة، والطموحات مشروعة وقلة منهم فقط من تبلغ القدرة على الانخراط في مسار موسيقي حقيقي من خلال تنشيط الحفلات وإصدار الألبومات.
هل تعتقد أن مغني الراي الجدد ساهموا فعلا في تشويه سمعة الراي؟
- يجب أن ندرك أن هؤلاء المغنين الجدد يتفاعلون مع تغير الظروف التي تشهد تغيرا في نوعية وتلقي الجمهور. اليوم، أمام تقلص أرقام الإنتاج ومساحات الغناء، صار المغني مطالبا بالإسراع في إصدار أعمال فنية وإلا فإنه سيندثر. هذا ما يؤدي إلى ملاحظة تزايد عدد مغنيي الراي الذين ينتهجون جميع الطرق بغية استمالة الجمهور.
خلال بضعة سنوات، ستتوقف كثير من أسماء الجيل عن الغناء. في غياب ”الخلف”، كيف تنظر إلى مستقبل الراي؟
- الحديث عن ”الخلف” في موسيقى الراي يمنحنا انطباعا أن الأمور تسير وفق نظام معد سلفا. تاريخ موسيقى الراي يثبت أنه طابع موسيقي تفاعلي وشعبي، تطور على هامش المؤسسات في وقت لم تكن تعرف فيه البلاد سوى ثقافة رسمية واحدة. باعتقادي أن المادة الخام موجودة، والمطلوب هو توفير فضاءات لإثبات ذاتها، فإذا كانت الظروف السائدة لا تسمح لمغنيي الراي بأداء حفلات عبر مختلف بقاع الوطن، فلا يمكن الحديث عن الخلف.
وهذه الملاحظة تمسّ مختلف الطبوع، وليس فقط الراي. باعتقادي أن سياسة الترويج (ولا أقول المراقبة) وحدها من شأنها تطوير الموسيقى الجماهيرية عموما.
السلطات الجزائرية الرسمية التي حدّت تطور الراي سنوات السبعينيات تسير اليوم أكبر مهرجان (مهرجان سيدي بلعباس)، ما رأيك في هذا التناقض؟
-  يجب أن نقرّ بأن المهرجانات المنظمة، خلال السنوات الماضية، ساهمت في تأكيد حضور عديد الأنماط الموسيقية. كما حاولت الجهات الرسمية، منذ الطبعة الأولى من المهرجان، بوهران، عام 1985، إلى غاية طبعة هذه السنة بسيدي بلعباس، التحكم في هذا النوع الموسيقي. لكن، يجب التفكير في منح الراي ظروفا أفضل للكشف عن تنوعه، لأن المهرجان لا يمثل أكثر من واجهة لعرض نتاج سنة من أعمال كل مغنّ.

” Notre société perd ses repères “

septembre 12, 2009 par adelife

Yacine Benabid. Docteur en langues, littératures et sociétés du monde

Travailler durant la journée de vendredi est presque considéré de nos jours comme un… péché. Qu’en pense la religion? L’éclairage de Yacine Benabid, chef du département de traduction à l’université de Sétif

Suite à l’instauration du week-end semi-universel, la journée du vendredi est devenue plus que sacrée. Refus de travail, fermeture de tous les magasins après la prière, pas d’école, pas d’université… N’y a-t-il pas, à votre avis, d’exagération?

Week-end ou non, le vendredi reste pour les musulmans une journée sacrée. Le problème n’est pas là. Il réside exactement dans l’interprétation que donne la communauté des croyants al-’âmma au sacré comme concept. Il faut dire que, gisant sous le poids des traditions, la société orientale en général, et algérienne en particulier, donne l’impression d’être exclusivement régie par ce qu’on croit être sacré. Travailler le vendredi ou aller à l’école ou fréquenter l’université ou voyager n’enlève pas du tout à ce jour sa sacralité. Le Coran lui-même autorise le travail le vendredi, tout en préservant au croyant le droit d’aller prier, et sans que soit désacralisé le temps qu’il voue à la prière d’un côté, et celui qu’il réserve à ses activités quotidiennes d’un autre. C’est bien le Coran qui dit, dans une sourate appelée sourate du vendredi al-djoumouâa : « Ô vous, les croyants ! (…) Lorsque la prière est achevée, dispersez-vous dans le pays ; recherchez la grâce de Dieu ; invoquez souvent le Nom de Dieu. – Peut-être serez-vous heureux ! – » (LXII-9/10). Quand on remarque la stagnation, sinon la régression du rythme du mouvement de notre société durant toute la semaine, et quand on ne peut que relever, non sans amertume, la médiocrité de ses rendements, on est en droit de se demander pourquoi cette société « fantasme » sur l’élan d’appartenance supposée à une culture qui vit sur le socle du sacré, sans vraiment tenir compte de ce qui est véritablement perçu comme tel. Une société en perte de repères, c’est ça ! Il serait difficile de juger de l’exagération ou non de la volonté politique. Ce qui m’intéresse et me scandalise en réalité, c’est bien cette façon de décider aujourd’hui de ce qui aurait dû être fait il y a bien longtemps. Et d’une ! Et de deux, n’est-il pas outrageant que la plupart des acteurs sociaux ne tiennent absolument pas compte de ce changement ? C’est à croire que la volonté politique a du mal à se faire écouter. Beaucoup d’instances, à ma connaissance, font la sourde oreille aux nouvelles orientations, malgré leur importance. Rien n’a changé pour elles et les autorités compétentes ne semblent pas être gênées par cela. Si lesdites autorités veulent ménager certaines sensibilités dont la toile de fond est bien la situation économique et non la religion, alors elles sont appelées à trouver l’alternative appropriée.

De nos jours, la fetwa s’apparente à un phénomène de société. Les citoyens sont de plus en plus dans le flou…

Vous avez raison d’appeler cela ainsi. C’est vrai qu’il s’agit d’un tournant dans l’histoire de notre société. On a assez peu connu ce genre de pratiques durant les vieilles époques où vivre sa spiritualité impliquait le devoir de se référer aux connaisseurs, aux savants et aux plus éclairés. Aujourd’hui, la donne a changé, en ce sens que la société a gardé sa ferveur religieuse, mais se trouve livrée aux mains des nouveaux prophètes, en l’occurrence une jeunesse enfermée dans un fanatisme démesuré, doublé d’une recherche de soi dans un contexte psychologico-culturel qui la repousse catégoriquement. Il y a aussi le contact avec l’Orient, qui a permis l’import de cette culture de fetwa avec tous ses accessoires. En fait, c’est une vision de la religion qui consacre le savoir facile – par définition dévié – et la religiosité hâtive, supplantée par une obsession farouche de résister à une société qui a du mal à se reconnaître dans leur discours. Votre question pose le problème du système intellectuel dans notre religion. Pour la plupart des cas, ce n’est plus l’élite qui a l’occasion de s’exprimer sur des questions d’ordre théologique. Pour une raison ou une autre, l’élitisme, dans son aspect positif bien sûr, celui auquel je me réfère personnellement, n’a pas les moyens de produire un discours à même de guider la société et à répondre à ses questionnements. Ce qui a laissé la place aux pratiques que vous citez.

La polémique sur la burka et sur le maillot musulman a resurgi. Quelle est votre vision des choses ?

Elle n’est pas différente de celle des gens qui ont bien connu les positions d’un « certain » Occident vis-à-vis de l’Islam. En fait, c’est la polémique sur le foulard qui revient sous un autre aspect, c’est-à-dire que les signes jugés distinctifs et dénotant une appartenance civilisationnelle quelconque, cette fois sur fond de religion, sont à combattre par tous les moyens, même les plus malsains, parce qu’ils menacent la démocratie, la laïcité et le reste des fondements des sociétés occidentales. Personnellement, je n’arrive pas à suivre la logique qui autorise le grave et bannit le moins grave. Il faut certainement être l’un des leurs pour comprendre. Ce que je ne comprends pas aussi, c’est cette façon de mettre sur le dos des convertis européens certains choix qui se sont attirés la foudre des politiques et des médias français particulièrement. Pour moi, la question du maillot ne mérite aucunement cette médiatisation démesurée, c’est une question personnelle qui ne change en rien la configuration des espaces dans lesquels se meuvent les personnes qui le portent. En faire une affaire relève du tapage médiatique qui caractérise les sociétés de spectacle. Remarquez qu’ils en parlent comme s’il s’agissait d’une arme à destruction massive ! Le font-ils avec les naturalistes ? Je doute fort !

Par Nassima Oulebsir/ El Watan

Droits réservés © El Watan 2007

L’hôtel très particulier de Jean-Claude Carrière

août 24, 2009 par adelife

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L’écrivain habite dans une ancienne maison de jeu à… Pigalle. Stefan Zweig et Alphonse Allais y ont vécu et l’esprit littéraire perdure dans ce quartier des plaisirs.

En 1976, après avoir écrit des films pour ses amis Louis Malle, Luis Buñuel et Milos Forman, notamment, Jean-Claude Carrière a acquis un bel hôtel particulier pari- sien, grâce au succès de son adaptation au théâtre d’Harold et Maude. Curieusement, il ne se trouve pas dans les beaux quartiers du VIIe ou du XVIe arrondissement, mais à Pigalle. «A la fin du XIXe siècle, on appelait l’endroit le Cercle Massé. Jusqu’en 1931, année de ma naissance, c’était une maison de jeu et… un bordel», précise le maître des lieux, l’oeil égrillard, sur un ton amusé. Il aime les coïncidences. «Stefan Zweig et Alphonse Allais y vécurent, Mallarmé travaillait à côté.» Cerise sur le gâteau: Toulouse-Lautrec avait installé son atelier au dernier étage de cette demeure d’une quinzaine de pièces. Carrière y entrepose ses milliers de livres et profite du calme d’une cour arborée.

Réputé comme dramaturge, célébré comme scénariste, l’homme qui fit aimer Cyrano de Bergerac à toute une génération se définit «théoriquement» comme écrivain. Il n’a pas tort de le rappeler, le cinéma est une forme d’écriture. Et son premier roman, Lézard, date de 1957. Depuis, l’auteur de La controverse de Valladolid n’a cessé d’écrire: récits, théâtre, essais, chansons, dictionnaires, souvenirs… Sa filmographie, saluée par deux césars et une nomination aux Oscars, révèle une constante: ce fou de littérature a adapté les plus grands écrivains, de Flaubert à Giono, de Choderlos de Laclos à Kadaré, mais aussi Dostoïevski, Proust ou Sagan. Cinquante ans d’une carrière bien remplie, marquée par l’écriture et la lecture. Pendant ce temps, il a collectionné, dans l’intimité de son musée personnel, éditions originales, courriers et manuscrits de ses auteurs favoris.

Le tour du propriétaire commence par la cage d’escalier années 1930, en trompe-l’oeil. A chaque palier, de grands miroirs renvoient les images des niveaux successifs, dans un kaléidoscope en plongée digne de Vertigo. On imagine les fêtes données par le vieux complice de Jean-Pierre Coffe en hommage à Marcello Mastroianni ou Rudolf Noureev… Changement de décor dans la «salle mexicaine», couverte d’ex-voto et de masques inquiétants (chevelures, dents humaines authentiques, yeux mobiles), disposés pour restituer l’atmosphère d’un pays dont l’histoire le passionne – et auquel le grand voyageur vient de consacrer un instructif Dictionnaire amoureux. Les arts de la scène n’étant jamais loin de la littérature, un «meuble des précieux» recèle un manuscrit d’Alfred Jarry consacré au théâtre, aux côtés d’une lettre de Lewis Carroll.

La pièce suivante est dédiée aux contes et légendes de tous les pays, en plusieurs langues, collection complète qu’il cherche à léguer à un musée. «Je suis un collectionneur d’occasion», résume-t-il, avant de dévoiler un carnet dont la reliure en fer cache des photos pornographiques prises en 1900: «Un livre réservé aux plaisirs solitaires des marins.» Nourri des aventures de Jack London, enfant, Carrière fut frappé, à l’adolescence, par le Manifeste du surréalisme. Entre autres raretés bibliophiliques, il conserve une édition d’André Breton avec une dédicace à Benjamin Péret. «J’aime bien ouvrir un livre au hasard», dit-il en s’emparant d’un recueil de Robert Desnos. Sur la page de titre, recouverte d’une écriture serrée, le poète s’adresse à Paul Vaillant-Couturier, lui promettant de partager prochainement un gras-double. L’acteur occasionnel lit l’ «envoi» d’une voix chaleureuse où perce un léger accent du Sud: «C’est d’autant plus émouvant quand on sait que les deux sont morts peu après en déportation.»

Au sous-sol, d’autres surprises attendent le visiteur: hammam aux boiseries orientales, cave à vins, chambre d’amis décorée de dessins humoristiques de Pierre Etaix. Face à une table de travail couverte de dossiers, les souvenirs d’une vie défilent dans leurs cadres: portrait d’Antonin Arthaud par Balthus, pastel de Valentine Hugo, dessins de Fellini et de Jean Cocteau, photo signée par Henry Miller, portrait de groupe de la période hollywoodienne du scénariste, au milieu de Billy Wilder, George Cukor et… Alfred Hitchcock. «Dommage, John Ford s’est absenté cinq minutes avant l’arrivée du photographe.»

Dans le petit boudoir attenant, l’infatigable travailleur montre ses travaux en cours de réalisation: la publication, en octobre prochain, d’un dialogue avec Umberto Eco sur le savoir et sa transmission (N’espérez pas vous débarrasser des livres, Grasset); l’adaptation d’un texte de Tagore avec l’écrivain et cinéaste Atiq Rahimi et un film avec le dalaï-lama au sujet du pouvoir spirituel… «Je ne mourrai plus jeune», plaisante le spécialiste du Mahâbhârata, avant de confier le grand projet de sa vie: réussir à reconstituer, par écrit, la rencontre entre Lao-tseu et Confucius. A 78 ans, Jean-Claude Carrière a des allures de sage. Les bouddhas accumulés sur les rayonnages l’inspirent et le protègent. Ou serait-ce le masque de Ganesh, patron des écrivains et des vagabonds, avec lequel Kiara, sa malicieuse fille de six ans, adore jouer?

par Tristan Savin © LIRE

Livres du jour

août 13, 2009 par adelife

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Le Premier Jour/ Marc Lévy, Éditions Robert Laffont

Un étrange objet trouvé dans un volcan éteint va révolutionner tout ce que l’on croit savoir de la naissance du monde. Il est astrophysicien, elle est archéologue. Ensemble, ils vont vivre une aventure qui va changer le cours de leur vie et de la nôtre.
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L’Elegance Du Herisson/ Muriel Barbery, Editions Gallimard

«Je m’appelle Renée, j’ai cinquante-quatre ans et je suis la concierge du 7 rue de Grenelle, un immeuble bourgeois. Je suis veuve, petite, laide, grassouillette, j’ai des oignons aux pieds et, à en croire certains matins auto-incommodants, une haleine de mammouth. Mais surtout, je suis si conforme à l’image que l’on se fait des concierges qu’il ne viendrait à l’idée de personne que je suis plus lettrée que tous ces riches suffisants.
Je m’appelle Paloma, j’ai douze ans, j’habite au 7 rue de Grenelle dans un appartement de riches. Mais depuis très longtemps, je sais que la destination finale, c’est le bocal à poissons, la vacuité et l’ineptie de l’existence adulte. Comment est-ce que je le sais ? Il se trouve que je suis très intelligente. Exceptionnellement intelligente, même. C’est pour ça que j’ai pris ma décision : à la fin de cette année scolaire, le jour de mes treize ans, je me suiciderai.»

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Ni D’Eve Ni D’Adam/ Amélie Nothomb, Éditions Lgf

Après Stupeur et tremblements dans lequel Amélie Nothomb racontait ses déboires professionnels, elle révèle ici qu’à la même époque et au même lieu, elle a aussi été la fiancée d’un jeune Tokyoïte très singulier. Une initiation amoureuse et culturelle, drôle et savoureuse, insolite et instructive, qui révèle, pour l’étranger qu’est l’Occidental, bien des codes et des secrets du Japon.

Dans l’ombre d’Edgar Poe

août 1, 2009 par adelife

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Par Tristan Savin
Lire, juillet 2009 / août 2009

2009 marque le bicentenaire de la naissance de l’auteur des Histoires extraordinaires, salué par plusieurs publications. Une biographie et un essai permettent de redécouvrir le poète célébré par Baudelaire et Mallarmé. Et deux romans, en forme d’hommage, démontrent que le génie foudroyé continue de faire des émules.

Le 3 octobre 1849, on trouvait un homme inanimé sur un trottoir de Baltimore, Maryland. Détail étrange, il portait des vêtements trop grands pour lui. Transporté à l’hôpital, il y succombait quatre jours plus tard, d’un mal inexpliqué.

On identifia la victime: le journaliste Edgar Poe, né à Boston en 1809, orphelin adopté par un riche esclavagiste de Virginie, John Allan, qui l’abandonna à son sort dès sa majorité. Ainsi, toute sa vie, l’infortuné Edgar «Allan» Poe fut en butte à un destin semblant s’acharner contre lui. Sa mort ne lui apporta pas plus de paix. Quatre personnes seulement assistèrent à ses funérailles, expédiées, sous la pluie. A peine enterré, il se trouva couvert d’opprobre par la presse nationale. On lui reprochait ses moeurs dissolues, son mauvais caractère et des textes trop noirs. On n’évoquait jamais un grand écrivain mais un être dépravé, alcoolique et drogué. «On décida de lui dédier un cénotaphe de granit et de marbre, mais ce ne fut que vingt-six ans plus tard», précise Georges Walter, auteur d’une Enquête sur Edgar Allan Poe, poète américain, rééditée à point nommé pour le bicentenaire du génie. Cette biographie, exemplaire, s’ouvre sur une carte du ciel à la naissance d’Edgar Poe, «prédisposition» zodiacale ainsi légendée: «presque toutes les planètes se trouvent sous l’horizon».

Ainsi naissait le prototype du poète maudit, auquel ses livres rapportèrent à peine trois cents dollars. «Frère spirituel» de Baudelaire, «ingénieur des lettres» pour Valéry, «cas littéraire absolu» selon Mallarmé, l’auteur du Corbeau devint, au regard de l’histoire des lettres, le grand maître du fantastique, l’inventeur du récit policier, le précurseur du roman scientifique, le rénovateur du conte, l’annonciateur de la psychanalyse. Pas moins. D’abord auteur de poèmes «cosmiques» inspirés des romantiques anglais, Poe a 18 ans quand paraît son premier recueil. Son seul roman, Les aventures d’Arthur Gordon Pym, sort en 1838, amputé du dernier chapitre par l’éditeur, et se solde par un échec. A 30 ans, il accouche d’un nouveau chef-d’oeuvre, La chute de la maison Usher. En 1841, devenu rédacteur en chef, enfin libre de publier ses propres textes, il connaît la période la plus faste de sa vie et livre quantité de contes et de nouvelles. Parmi eux, Double assassinat dans la rue Morgue marque la naissance d’un genre: l’enquête policière, reprise avec un succès retentissant par ses disciples d’outre-Atlantique, Gaston Leroux, Conan Doyle et Agatha Christie.

Indigent, il inonde les journaux de ses histoires courtes
Dans son essai Avec Poe jusqu’au bout de la prose, Henri Justin nous éclaire sur l’oeuvre à travers une minutieuse analyse des textes – hélas peu didactique pour le néophyte. Ce spécialiste, déjà auteur de Poe dans le champ du vertige (1991), apporte également des précisions sur la vie de l’artiste maudit. Selon lui, «Poe se voulut poète». Il écrivait lui-même que «Edgar A. Poe» aurait dû s’écrire «Edgar, a Poet». Mais il manquait une lettre… Empêtré dans un lyrisme souvent morbide, il passe au conte, «persuadé que le poétique veille au coeur de toute littérature». Toujours en mal d’argent, il inonde les journaux de ses histoires courtes et aborde de nouveaux genres: comique, satirique, dramatique, merveilleux scientifique. Traumatisé par la disparition de sa jeune épouse, il vit dans l’indigence. Jusqu’à sa fin tragique, à seulement quarante ans. Georges Walter nous en apprend plus sur les circonstances de sa mort: «Aucune plainte ne fut déposée qui provoquât une enquête policière.» Pourtant, tout laisse penser qu’il fut dévalisé, sinon enivré et drogué, «voire l’un et l’autre», poursuit le biographe. Quand Poe arriva à Baltimore, une campagne électorale battait son plein. Or, la technique des agents électoraux de l’époque «consistait à neutraliser leurs proies avec un mélange de whisky et de narcotique pour les traîner de bureau de vote en bureau de vote». Selon un journaliste présent, cette méthode avait «dépassé la mesure» cette année-là… Mais dans la bonne société conservatrice du Maryland, «le crime, aux yeux de plus d’un, prit figure de juste châtiment». Pourtant, selon Henri Justin, «Poe ne prit jamais d’opium» (contrairement à une idée répandue) et, probablement diabétique, ne supportait pas l’alcool. Qu’importe la vérité: sa réputation fut salie par une génération de gens de lettres haineux, jaloux de son talent et il fallut un demi-siècle pour démasquer les mensonges. Walter avance une raison: «Il fallait expliquer la bizarrerie de l’oeuvre par l’immoralité de l’auteur.»

L’écrivain américain Matthew Pearl, déjà remarqué pour son formidable Cercle de Dante (Robert Laffont, 2004), a eu l’heureuse idée de poursuivre l’enquête, de manière romanesque. Il se base sur les nombreux mystères entourant la fin misérable du poète: pourquoi passe-t-il la soirée à Baltimore alors qu’il se rendait pour affaires à New York? Pour quelle raison la maison où il s’est rendu ce jour-là a-t-elle brûlé? Et qui est ce Reynolds dont le nom revient sans cesse au cours des délires de l’écrivain à l’hôpital?

Le héros de Pearl, jeune avocat admirateur de l’oeuvre de Poe, assiste par hasard à l’enterrement. Peu de temps avant, le poète l’avait chargé de prendre sa défense contre les calomniateurs. Décidé à réhabiliter la mémoire du «Sauveur de la littérature américaine», Quentin Hobson Clark entreprend des recherches, malgré les menaces d’un inconnu aux airs de fantôme et les sages conseils de son entourage bourgeois. La folie dont on accuse son écrivain modèle s’avère contagieuse. Il délaisse sa future épouse, abandonne la clientèle de son cabinet. Et n’hésite pas à se rendre à Paris pour retrouver le chevalier Dupin. Seul le plus célèbre détective de l’époque – héros de plusieurs histoires de Poe – peut l’aider à résoudre l’énigme.

Utiliser un personnage imaginaire pour enquêter sur la disparition de son créateur – par ailleurs père du roman policier -, il fallait oser! Le talentueux Pearl tient sa promesse. Diablement mené, ensorcelant dès les premières lignes, L’ombre d’Edgar Poe baigne dans une brume inquiétante, digne des Histoires extraordinaires.

Fabrice Bourland a eu une idée similaire. Avec La dernière enquête du chevalier Dupin, court roman historique écrit dans le style de l’époque, on retrouve l’ancêtre de Sherlock Holmes, chargé d’un cas tout aussi mystérieux: celui d’un autre poète, retrouvé pendu dans une ruelle: Gérard de Nerval. Les écrivains maudits n’ont pas fini de hanter leurs lecteurs.

2752903987 Enquête sur Edgar Allan Poe /Georges Walter. PHEBUS/  624 pages. Prix : 13 € / 85,27 FF.

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[Limag] Journée littérature maghrébine à Heidelberg

juin 4, 2009 par adelife

Sans titre

la ville de Heidelberg organisera prochainement la deuxième édition du Festival littéraire maghrébin, ayant vu le jour en 2007, sur une proposition de Hamid Skif.

Seront présents, pour des débats-lecture en allemand, francais et arabe, pour présenter leurs nouvelles parutions, le vendredi 19 juin, de 18 à 24 heures,

Pour l’Algérie: Habib Tengour (“Seelenperlmutt”/”La nacre à l’âme”) et Boualem Sansal (“Das Dorf des Deutschen”), pour le Maroc: Leila Abouzeid (“EIne Frau geht ihren Weg”/”L’annee de l’éléphant”) et Valentin Herzog (“Alifas Zeichen”).